Je parle de maladie mentale, de MON vécu.

Pour tous ceux et celles qui ne seraient pas au courant, depuis le 1er octobre dernier et ce jusqu'au 7 octobre prochain, l'alliance canadienne pour la maladie mentale et la santé mentale a organisé une semaine de sensibilisation pour la santé mentale #SSMM18 . Depuis quelque temps, je suis de plus en plus active sur les réseaux sociaux et je ressentais le désir de vous partager mon histoire par rapport à ce mouvement. Je crois fortement que les maladies mentales ont été longtemps un sujet tabou et le sont encore aujourd'hui. Je pense qu'il n'est pas normal pour quelqu'un de se demander si elle se fera rejeter en parlant de sa santé mentale. Une de mes amies me faisait part qu'elle avait toujours peur de parler aux garçons de ce qu'elle vivait, justement par peur de se faire rejeter. Mais pourquoi n'avons-nous pas la même perception et la même vision que pour la maladie physique? La société doit comprendre que la maladie mentale est une maladie comme les autres, qui est parfois encore plus souffrante que la maladie physique, puisqu'elle n'est pas visible à l'oeil et qu'elle n'est pas apaisée par un simple «Advil», par exemple.

Avant que je vive une situation classée dans ce type de «maladie», je n'avais jamais vraiment pris conscience de l'ampleur de ces deux mots : «maladie mentale». Après coup, je pourrais vous dire que la souffrance mentale est probablement la même ou même plus intense que la souffrance physique.


Tu meurs d'envie de savoir mon histoire? Je ne sais même pas moi-même par où commencer. Alors, je me lance...

Je pense que depuis que je suis jeune, j'ai toujours été de nature anxieuse. Je n'arrivais pas à dormir seule par peur que quelqu'un vienne me tuer dans mon sommeil. Je ne voulais pas marcher seule jusqu'à l'école parce que j'avais peur que quelqu'un m'enlève. Je ne voulais pas aller au camp de jour l'été et au service du garde le midi à l'école, car je me sentais prisonnière, pas libre et une énorme boule me serrait la gorge juste à y penser. Le primaire à passer, sans trop de difficultés et de rejet. L'entrée du secondaire a été difficile, je me sentais seule, isolée, mais sans plus.


J'ai toujours été quelqu'un qui trouvait la vie plate sans avoir un petit malaise intérieur. Je trouvais les étés longs et plates à ne rien faire, à ne penser à rien. Je me suis toujours sentie bien dans mon corps, jusqu'au moment où j'ai commencé à m'observer de plus en plus et que j'ai découvert tous les 1243543 trucs qui me dérangeaient sur ce dernier. Eh oui, moi qui me trouvais si belle, de semaine en semaine, ce sentiment se dégradait. J'ai commencé à m'entrainer, je voyais que mon petit gras de bedon diminuait (je mets l'emphase sur le «petit», car je n'ai jamais été grosse). Et, c'est là que le cercle vicieux a commencé. J'avais compris qu'entrainement + bonne nourriture = bon résultat. Mais je n'avais pas vraiment de but. Bon résultat encore et encore, mais où était la fin? Il n'y en avait pas, en tout cas, pas à ce moment.


J'ai eu des passes où je voulais m'en sortir, mais probablement pas de la bonne façon. Je voulais guérir. L'été de mes 18 ans, je me suis mise à sortir 2-3 fois par semaine, à boire de l'alcool. J'avais du fun, j'avais retrouvé une vie sociale, mais surtout c'était le fun de voir qu'en fin de soirée, mon mental me permettait enfin de pouvoir manger ce que je voulais et ce, bien entouré avec mes amis/es. Les lendemains, je flottais encore sur un nuage, mais quand je me retrouvais seule, je ne m'aimais pas. J'ai pris du poids cet été-là et j'ai négligé mon sommeil, rien de vraiment bon pour ma santé mentale et physique.


Je m'entrainais de plus en plus pour pallier mon malaise intérieur jusqu'au jour où j'ai été diagnostiqué d'une mononucléose. Ariane une mononucléose? La super girl qui s'entraine 2-3h par jour au gym et au patin, impossible! Je ne croyais pas vraiment le médecin... Alors, j'ai continué à m'entrainer, à avoir zéro énergie, à aller en stage à l'hôpital de soir et à caler un 750 ml de café avant d'y aller et d'en trembler. Mais tout ça, seulement moi le savait. Seulement moi savait que je me poussais à bout pour ne pas grossir, car c'était MON principal objectif, c'était la seule chose qui me trottait dans la tête. Seulement moi subissais tous ces sacrifices et pensais que je pourrais soutenir ce train de vie toute ma vie. L'école? Je me posais pas trop de questions. J'y allais parce que c'était rendu ça ma vie maintenant.


J'étais un peu moins fatiguée, mais le moral n'était pas là. Je m'isolais encore. J'ai perdu des amis/es, je ne sortais plus dans les bars comme je pouvais le faire auparavant1 et me coucher à 3-4h du matin. Je n'étais plus capable. Mon corps ne suivait simplement plus. J'avais les émotions à fleur de peau. Ma famille a subi des émotions fortes et je ne comprenais pas mon comportement, mais pour moi c'était évident. Je souffrais.


Mon état s'était «amélioré», je pesais de plus en plus légère et j'étais de plus en plus «cut». Congrats Ariane! De plus en plus «cut», de moins en moins d'énergie et de moins en moins de nourriture. Ariane a un trouble alimentaire? Non! hahah jamais. Pas moi! Dénis après dénis à un moment donné la vie te rentre dedans.


Là où suis vraiment tombée, c'est lorsque je suis rentrée à ma 5e session en soins infirmiers en septembre 2016 sur l'aile de psychiatrie (en stage!). Ayoye. Bienvenue dans la maladie mentale Ariane. J'étudiais toutes les maladies possibles, je me diagnostiquais toutes les maladies mentales possibles pour mettre un doigt sur ce qui clochait vraiment chez moi. Bipolaire, psychose? Bref, je m'aigrissais à vue d'oeil, j'avais une énorme boule dans la gorge qui m'empêchait de manger, j'étais stressée. Je n'avais plus d'énergie, j'étudiais, j'allais en stage, je m'entrainais, je travaillais. C'était trop pour ma petite tête qui ne savait pas où donner de la tête... On aurait dit que personne ne comprenait vraiment mon mal-être intérieur, ma détresse. J'allais voir mon médecin et elle me disait qu'il restait simplement quelques semaines à ma session, mais moi je me voyais dépérir.


Vous pouvez voir sur ces deux photos, mon amaigrissement se voyait sur mon visage. Ce n'était plus moi.

Je n'avais plus de motivation, je n'avais plus de plaisir et j'avais de moins en moins de poids sur la balance. Eh oui, personne ne comprenait vraiment trop ce qui se passait avec moi, ce que je vivais et toute la souffrance inapaisable que j'avais en moi jusqu'au jour où je regarde ma mère et que je lui dise à 20h du soir, je veux aller à l'hôpital. Je voulais que quelqu'un me comprenne, me dise quoi faire, essaie de pallier mon problème qui était en moi, sans aucune raison. C'est à ce moment que le diagnostique à frappé, pas moi, mais ma famille. Dépression majeure. Personne n'y croyait vraiment, mais moi je savais que je n'allais pas. Mon trouble alimentaire a été également nommé et les gens ont compris ce qui se cachait en moi. Ce n'est pas facile de dire ce qui se passe dans notre tête parce que les gens pensent seulement que nous avons eu une mauvaise journée et que le temps arrange les choses, mais parfois c'est beaucoup plus que ça.


J'ai été médicamentée, vous allez peut-être avoir des jugements, puisque oui j'ai essayé de me guérir autrement, mais je n'ai pas pu. J'ai échoué et j'ai essayé de me découvrir autrement à travers ma maladie. J'ai commencé à cuisiner pour essayer de retrouver mon énergie, pour retrouver ma santé et pour retrouver une relation plus saine avec la nourriture. J'ai appris à cuisiner pour essayer de retrouver les 20 lbs que j'avais perdues. J'ai essayé de me guérir par l'alimentation et c'est comme ça que cette composante est arrivée dans ma vie. Que vous trouvez ça sain ou non, pour moi ça été ma façon de guérir. Je veux aider les gens à s'aimer comme j'apprends chaque jour à aimer la personne que je suis. Il y a des hauts et des bas, des jours où j'aimerais être comme avant, mais quand je repense à tous les chemins que j'ai parcourus pour me rendre ici aujourd'hui, je me console.


La vie n'est pas toujours rose et je ne dis pas que la mienne est pire que la votre, puisque chacun d'entre nous avons et aurons un parcours différent. Je vous partage le mien pour que vous compreniez mon histoire et mon intention derrière mes recettes et mes réflexions quotidiennes.


J'ai terminé mes soins infirmiers et j'ai vu l'importance d'aimer ce qu'on fait dans la vie, car la vie est fragile et je pense que mes choix et les facteurs extérieurs de la vie ont aggravé ma situation. Mais je me suis relevée, j'ai énormément appris et maturé. J'ai repris du poids, j'essaie de m'épanouir, de vivre la vie, de profiter de chaque moment, mais surtout de m'écouter, de me respecter et d'accueillir ce qui vient et ce qui part.


Oui, après avoir lu ce texte vous allez probablement me voir d'une autre manière, plusieurs jugeront, plusieurs comprendront, je l'espère, mais je pense que ce que vous devez retenir, c'est que personne n'est à l'abri. Je n'ai pas demandé de vivre tous ces chamboulements dans ma vie, mais après coup, ils m'ont appris et je suis fière d'en être sortie encore plus forte et avec une passion pour l'alimentation saine dans un corps sain. J'apprends à chaque jour et mes proches aussi d'ailleurs. Je vous l'avoue, c'est dur pour moi d'approcher les gens et de leur parler de ça par peur, comme mon amie, d'être rejetée. Est-ce normal? Je ne sais pas, mais ce que je sais, c'est que cela est rendu une partie de moi. C'est vraiment la raison pour laquelle je suis qui je suis aujourd'hui.


J'adore aider les gens, les écouter et les aider à avancer. J'essaie de moins en moins de m'oublier là-dedans et de prendre le temps d'accueillir ce que la vie a à m'offrir même si c'est pour un temps limité. Chaque moment arrive pour une raison, il faut simplement l'accepter et apprendre de ces évènements.


Je vous laisse sur une petite vidéo pour vous permettre de connecter avec moi. Restez à l'affût, car j'ai trouvé une personne qui a accepté de me faire un témoignage sur SA maladie mentale et sur son vécu.


Sur ce, merci de m'avoir lu et bon visionnement!


Signé A.

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© 2020 par Ariane Vermeersch